Ni putes ni soumises : "Une arme à double tranchant"
Fadela Amara est élue en 2000 à la tête de la FNMP. 4 ans plus tard , Fadela Amara a réalisé son projet : la FNMP vivote, mais sa filiale, le mouvement Ni putes ni soumises (NPNS), a atteint une notoriété exceptionnelle. Fadela Amara et son équipe ont créé cette association en avril 2003.
NPNS revendique aujourd'hui 52 comités locaux et 2800 adhérents. Mais il n'a été possible d'en identifier qu'une poignée réellement actifs sur le terrain. Le bilan des actions concrètes du mouvement reste maigre...
Explosion médiatique
Les médias se sont en effet rués avec enthousiasme sur NPNS... c'était un événement porteur, facile à comprendre, avec de jolies filles qui parlaient bien et un sens certain de la mise en scène...
Rachid Essabity, artiste et militant associatif à Grenoble, en garde une grosse amertume :
"Très vite, dès que j'entendais parler des Ni putes ni soumises, je zappais. À la base, les idées étaient louables, mais au final, ça participe d'un battage médiatique anti-banlieue et anti-islam."
Ingrid Renaudin nuance :
Les médias nous ont utilisées... Une seule partie du combat transparaissait : Les petites meufs des cités qui se rebellent...
Instrumentalisé par les politiques
Les politiques ont, comme les journalistes, adhéré avec bonheur à la démarche des Ni putes ni soumises, du parti socialiste à Jean-Pierre Raffarin ou Dominique de Villepin. Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale, a même exposé les photos des marcheuses au fronton du Palais-Bourbon..
Fadela Amara a accédé au statut de référent dans le débat politique français ; elle a notamment été invitée à siéger dans plusieurs hauts comités de sages..
Sur le fond, NPNS serait une stigmatisation de plus envers les cités et les populations immigrées. Christelle Hamel résume :
« Les Ni putes ni soumises ont raison de dénoncer les violences dans les cités, mais le problème réside dans la façon dont la société française reçoit cette dénonciation. La figure médiatique classique, c'était un jeune Arabe délinquant. Désormais, c'est un jeune Arabe délinquant ET violeur ».
Hicheme Lehmici, politologue à Lyon, tape encore plus dur :
«Ce mouvement a permis aux acteurs politiques d'opérer un retournement de vision et de discours. De victimes, les habitants des cités deviennent des accusés, pour le plus grand bien des décideurs qui ont laissé la situation sociale se dégrader...
NPNS a allumé des contre-feux détournant l'attention, notamment médiatique, sur des faits terribles qui ne sont malheureusement pas propres aux cités» ...